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LES DÉMARCHES PHILOSOPHIQUES
Épictète nous a permis d'identifier les premières démarches du philosophe : problématiser, mener une démarche d'analyse génétique, examiner de manière critique, juger...Nous allons continuer de visiter ici et là les ateliers des philosophes pour apprendre comment ils pratiquent diverses démarches. Ces démarches sont des démarches de bases qui nous permettront de reconnaître outils divers et gestes mentaux dont nous aurons besoin lorsque nous aurons nous-mêmes à philosopher. Pour le moment, en apprenti, contentons nous d'observer. La première démarche que nous allons observer est celle d'analyse critique d'une expression courante. Nous commencerons par celle-ci pour deux raisons, d'abord parce que, excepté les sujets d'épistémologie où l'opinion n'a que peu à dire, la plupart des sujets de philosophie du baccalauréat peuvent se ramener à une démarche d'analyse critique d'une opinion courante et le candidat, pour manifester qu'il est bien un apprenti philosophe doit se désolidariser de la notion commune transmise par l'opinion pour élaborer un concept plus précis permettant de mieux saisir la réalité. Ensuite cette démarche a le mérite de faire appel à une grande diversité d'outils, de démarches intermédiaires et de moyens qui constituent la base de l'outillage philosophique.
L’analyse critique d’une opinion courante
Quelles démarches le philosophe entreprend-il dans une analyse critique d’une opinion courante ? Pour le déterminer, nous allons examiner d'abord trois textes, tous tirés des annales du baccalauréat, illustrant cette démarche : un texte concernant la société et le moi, un texte concernant le moi et la société et un texte concernant le monde, la réalité et l’idée que le moi s’en fait ou la connaissance qu’il peut en avoir.
Cette démarche va nous permettre
d’abord de repérer les idées et les pratique de l’opinion afin d’être prémuni et d’essayer d’échapper aux lieux communs et aux fautes les plus courantes;
ensuite de repérer les démarches du philosophe quand il analyse de manière critique l’opinion, ses analyses de la réalité afin de pouvoir nous - mêmes pratiquer les mêmes démarches.
enfin de saisir l’activité première de toute philosophie : la dénonciation de l’image confuse et inconsistante que l’opinion a de la réalité, pour lui substituer le réel tel qu’il est saisi par le philosophe.
1 PASCAL, PENSEES, fr. 308.
«La coutume de voir les rois accompagnés de gardes, de tambours, d’officiers, et de toutes les choses qui ploient la machine vers le respect et la terreur, fait que leur visage, quand il est quelquefois seul et sans ces accompagnements, imprime dans leurs sujets le respect et la terreur, parce qu’on ne sépare point dans la pensée leurs personnes d’avec leurs suites, qu’on y voit d’ordinaire jointes. Et le monde, qui ne sait pas que cet effet vient de cette coutume, croit qu’il vient d’une force naturelle ; et de là viennent ces mots : «le caractère de la divinité est empreint sur son visage, etc.»
Nous allons examiner les démarches suivies par Pascal afin de les confronter à celles de Nietzsche et de Merleau-Ponty pour dégager la structure générale des textes d'analyse critique d'une opinion courante, structure que nous pourrons confirmer par l'analyse d'autres textes.
«La coutume de voir... fait que...le respect et la terreur» Pascal fait ici l'analyse d'une réalité sociale et met en évidence ses effets. Sa démarche : un jugement de réalité.
«parce qu’on ne sépare point...ordinaire jointes.» Pascal justifie son analyse de la réalité.
«Et le monde... croit que...»Pascal après avoir jugé de la réalité renvoie à la croyance de l'opinion.
«et de là viennent ces mots : «le caractère de la divinité est empreint sur son visage» Pascal expose l'expression courante révélatrice de cette croyance.
Nous avons donc l'analyse par le philosophe d'une réalité qui lui fait découvrir l'ignorance de l'opinion, sa croyance erronée et l'expression courante par laquelle elle s'exprime. Entrons dans le détail du texte.
Pascal, en sociologue averti, analyse dans ce texte le rôle de la coutume qu'il range parmi ce qu'il appelle «les puissances trompeuses ». Ici la coutume renvoie à l'institution politique, au pouvoir royal et à ses signes et plus précisément les allées et venues des rois dans leur capitale. Le pluriel indique que Pascal vise ici l'institution en tant que telle. Que voient les courtisans et les sujets face à ce cortège royal? Le roi, bien évidemment, centre de leurs regards, mais aussi et surtout la suite nombreuse de tous ceux qui l'accompagnent et parmi eux, Pascal réfère explicitement aux gardes, officiers et tambour, et cette suite provoque un vif effet sur courtisans et sujets. Ce spectacle, ce défilé impressionnant, ces bruits assourdissants déclenchent en la « machine » un sentiment affectif ambivalent d'effroi et d'attirance, de respect et de terreur, cette expérience affective du sacré que R. Otto qualifie de «numineux»(Le Sacré). La «machine», dans ce cas précis, c’est le corps, selon la conception cartésienne du corps organisé comme une machine et sa théorie des animaux-machines.( cf. la cinquième partie du Discours de la méthode et le Traité de l’homme) Cette machine, ce corps est incliné par tous ces stimuli visuels et auditifs, dirions nous en langage moderne, et imprime mécaniquement au coeur de l'homme, càd sans nécessiter une intervention directe de l’esprit, ce sentiment mystérieux du sacré, la fascination et l'effroi, ou comme le dit Pascal «le respect et la terreur» On comprend que la vue de ces hommes armés, tous semblables dans leurs uniformes, aux armes, hallebardes, épées scintillant au soleil puissent susciter la terreur: c'est la force armée, expression du pouvoir politique de mort., d'autant plus s'ils sont accompagnés des roulements de tambours associés soit à la marche au devant de l'ennemi, soit à la marche sur l'échafaud, les roulements de tambour accompagnant les exécutions publiques. Ils sont aussi signes de puissance, et donc de respect puisqu'ils ouvrent et ferment les bans proclamant les édits royaux. Quant aux officiers, par délégation du pouvoir royal, ils manifestent sa puissance par la manière dont, au seul commandement, ils manipulent tous ces hommes armés. Mais quelles peuvent être ces autres choses qui contribuent à ce sentiment ambivalent? On peut penser au carrosse doré, à la parade de tous ces princes, princesses et nobles richement vêtus d'habits d'apparat, parés de tous leurs bijoux. Ces ors, ces richesses étalées, cette munificence sont propice à susciter le respect, la fascination. Ce spectacle coutumier, qui se produit à chaque allée et venue du roi va créer un réflexe conditionné fixé par l'habitude dans l'esprit des courtisans. Pour comprendre l'effet de la coutume décrit par Pascal, reportons nous trois cents ans plus tard aux expériences d'Ivan Pavlov et à son étude scientifique de réflexe conditionné. Ivan Pavlov a dégagé les principes du réflexe conditionné par ses études sur la sécrétion salivaire chez les chiens. Lorsque le chien voit la nourriture, il a une sécrétion salivaire ( l’eau à la bouche). C’est un réflexe inné. Si on fait retentir une cloche avant chaque présentation de nourriture, au bout de certaines répétitions, le chien salivera au seul son de la cloche.
La viande, stimulus naturel (S1) déclenche le réflexe inné (R) de la salivation
S1 ---------R réflexe inné
La viande, accompagnée de la sonnerie (S2), stimulus artificiel, déclenche le réflexe inné.
S1+S2 ------R réflexe inné
Enfin la seule sonnerie, stimulus artificiel déclenche un réflexe conditionné
S2 seul -----R conditionné
Le réflexe inné à l’origine, saliver en voyant de la nourriture, se produit maintenant en réponse à un stimulus au départ neutre et inefficace. Le réflexe est devenu conditionné. Le comportement du chien a été modifié en fonction de ses expériences antérieures. Chez l’homme, sa vie affective subit fortement l’empreinte de processus d’apprentissage. Ainsi John Broadus Watson, fondateur du Behaviorisme, science du comportement, a conditionné un petit garçon prénommé Albert. A chaque fois qu'Albert s'amusait dans le laboratoire de Watson à caresser le petit rat blanc servant de cobaye, Watson produisait avec un gong un bruit très violent provoquant chez l’enfant une réaction de peur. L’enfant finit par avoir peur du rat et sa peur s'est généralisée en phobie de tout objet ressemblant à la fourrure blanche de ce rat (lapin, le manteau de fourrure de sa mère, et même les pères Noëls! Watson avait atteint le but de sa démonstration, mais pour avoir servi la science, le petit Albert n'avait gagné qu'une phobie ! On voit que Pascal avait compris ce mécanisme du réflexe conditionné puisque la seule présence de la face royale déclenche le réflexe conditionné du respect et de la terreur que nous pouvons identifier au sens du sacré.
Un stimulus premier, les gardes armés, officiers, tambours, etc... déclenche le réflexe de respect et de terreur.
gardes--------------respect et terreur
Ce stimulus premier, accompagné d'un stimulus second provoque le même réflexe.
gardes+Roi-----------respect et terreur
Enfin par l'habitude et la répétitivité, la vue du roi seul déclenche le réflexe conditionné.
Roi seul-------------respect et terreur
Pascal a su analyser le mécanisme psychosociologique du réflexe conditionné. Il sait qu'inconsciemment les courtisans associent à la personne royale son entourage. Pascal va expliquer alors la démarche du « monde », entendons par-là les mondains, les courtisans.
Démarches de l’opinion
L’opinion saisit une partie de la réalité : les courtisans ont conscience de leur émoi, du respect et de la terreur éprouvés en présence de la face royale. Mais l’opinion ignore les causes profondes et réelles de ce sentiment du sacré. Son analyse de la réalité est fondée sur une méconnaissance du moi, (le fonctionnement inconscient de la pensée, la force de l’habitude, le rôle du passé, de la coutume) et une méconnaissance des autres (le rôle de la société, l'importance des phénomènes sociaux de conditionnement, la fonction idéologique des signes du pouvoir, ce que Pascal appelle «les grandeurs d’établissements»). Ignorant les causes véritables, l’opinion qui cherche à s’expliquer ce respect et cette terreur ressentis va donner une explication erronée, l’appel à une force naturelle, ( le terme à cette époque peut avoir le sens de supra naturelle,) la croyance au caractère divin de la personne royale (caractère sacré du pouvoir). L’erreur provient de l’incapacité des sujets à dépasser les apparences, à saisir le conditionnement social et les mécanismes inconscients de l’habitude. Ils ne saisissent que l’instant : l’émoi présent et méconnaissent la force du passé, de la formation des conditionnements. Les courtisans ne peuvent douter de leur émoi, ils doivent se l’expliquer, ils se donnent une explication erronée à laquelle ils sont préparés par le statut social de la royauté : «c’est un supérieur, donc c’est un être supérieur». L’opinion se contente de répéter une idée toute faite qu’elle accepte avec crédulité sans analyse profonde. Et cette croyance s'exprime à travers une opinion courante souvent entendue dans l'entourage royal : «le caractère de la divinité est empreint sur son visage, » Pascal ajoute «etc.» pour signifier que cette expression n'est pas la seule et que les discours sur le caractère divin du roi étaient divers.
Démarches du philosophe
Le philosophe saisit toute la réalité : le mécanisme psychologique de la coutume et des réflexes conditionnés, le mécanisme des signes du pouvoir. Il identifie également le sentiment ambivalent du respect et de la terreur au sens du sacré. Il a une connaissance du moi et de la société qui lui permet de montrer la réalité sociale du pouvoir s’appuyant sur des signes et le rôle fondamental de la coutume, mécanisme psycho- sociologique expliquant les relations gouvernant- gouvernés. Grâce à ses connaissances, il analyse le discours de l’opinion et dévoile le mécanisme de sa formation. «Il faudrait, dit Pascal, dans une autre de ses pensées ( II, 82), avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme le grand seigneur environné, dans son superbe sérail, de 40000 janissaires».Comprenons bien : entre l’opinion et le philosophe, il n’y a pas un simple conflit d’opinions : le monde qui soutiendrait que le roi est un être divin et Pascal, au contraire, qui désacraliserait le pouvoir royal, soutenant que le roi aurait la même nature humaine que ses sujets. Le philosophe s’appuie sur une connaissance de la réalité du moi, de la société, des mécanismes psychologiques et sociologiques. La force de la démarche philosophique réside en ce que, non seulement elle analyse les mécanismes des phénomènes réels, mais encore elle rend compte du mode de production des opinions et explique les croyances du sens commun.
Ainsi l'opinion ignore ce qu'est le moi, le rôle du passé, de l’habitude, du conditionnement, l'action de la «coutume» sur «la machine». Elle ignorance aussi la société, la fonction idéologique des signes. Elle croit l'individu coupé de la société et ignore le rôle de la société en moi : derrière l'individuel se cache le collectif. Pascal connaît le moi et la société. Sans développer l'intérêt du texte, notre propos n'est pas de présenter une étude complète de ce texte, mais d'identifier une démarche philosophique, disons que ce texte illustre l'analyse de Pascal qui montre combien l'homme est blessé par l'Etre et va lui substituer une construction de relations imaginaires pour lui donner sens et cohérence. L'imagination va échafauder tout un ordre social à partir de costume et de rubans, de signes imaginaires et le socle de cet ordre du hasard sera la coutume, «puissance trompeuse» aidée de la raison qui va masquer toute cette mystification en lui donnant signification et valeur. Pascal va dévoiler cette mascarade de sacralité et sa critique de la coutume puissance trompeuse, va ébranler l'ensemble des institutions humaines.
En complément de cette étude, voici deux exemples d'introduction générale du problème: La première s'appuie sur une connaissance de Pascal, la seconde fait référence à l'action, l'actualité(cf méthodologie de l'étude de texte)
Introduction selon la pensée, la philosophie
Retrouvés dans la doublure de son manteau, les fragments des pensées devaient dans l’esprit de Pascal constituer les éléments d’une Apologie de la Religion chrétienne. S’adressant aux libertins, Pascal voulait les amener à considérer la vanité des valeurs sociales pour les convertir à l’Absolu. Aussi nombre de ses pensées se présentent comme une entreprise de démystification, notamment de ce qu’il appelle «les grandeurs d’établissement». Ici, précisément, il s’attaque à la sacralisation du pouvoir royal s’appuyant sur la «puissance trompeuse» de la «coutume» : le roi est-il de nature divine comme le croient les courtisans ou bien un homme ordinaire, comme le démontre Pascal en dévoilant le mécanisme de conditionnement qui incline au respect et à la terreur? L’intérêt philosophique est double: d’abord ce texte s’inscrit dans le cadre de la démarche subversive du philosophe, que ce soit Pascal ou Rousseau, s’attaquant aux illusions du pouvoir. Ensuite ce texte fait comprendre l’urgence actuelle d’une telle démarche d’analyse critique d’une opinion. Il invite à réfléchir sur la façon dont nous sacralisons nos hommes politiques, ou nos stars du sport, du cinéma ou de la télévision tout en ayant perdu le sens véritable du sacré. Et c’est à retrouver ce sens tout en nous apprenant à être un citoyen libre que nous convie implicitement Pascal.
Introduction selon l’action, l’actualité
L’histoire du XX siècle a malheureusement montré jusqu'à quel point les techniques de propagande, autrement plus sophistiquées et efficaces que ces tambours dont parle Pascal dans ce texte, fragment de ses Pensées, parvenaient à sacraliser un Führer, un petit père des peuples, un grand timonier, un Duce, un Caudillo, un Conducator. Les exemples, hélas, ne manquent point : magie du pouvoir sacralisé suscitant respect et terreur et responsable de la mort de millions d’individus. L’intérêt philosophique de ce texte, traitant de la fascination du pouvoir, royal ou autre, chez les courtisans ou sujets est multiple. D’abord il amène à réfléchir sur la fonction subversive du philosophe. Ensuite il interroge sur la nature des gouvernants : les supérieurs sont-ils des êtres supérieurs comme le croit l’opinion, ou des êtres ordinaires s’appuyant sur des apparences trompeuses comme le démontre Pascal ? Enfin il souligne la nécessité de mener à notre propre compte cette démarche de Pascal propre aux philosophes : l’analyse critique des lieux communs pour démasquer notre tendance invincible à diviniser, que ce soit nos hommes politiques ou les idoles du «star system». La réflexion de Pascal nous permettra peut-être de restituer au sacré son sens véritable, d’éviter la confusion du sacré et du social en rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
Après ces deux exemples d'introduction générale du problème, voici un exemple d'introduction de l'étude ordonnée (cf la méthodologie de l'étude de texte) Elle est toujours constituée de deux paragraphes, le premier concerne la thèse, le second présente la démarche d'argumentation.
Introduction de l'étude ordonnée
L’objectif de Pascal dans ce texte est de faire l’analyse critique d’une opinion. Il est comme nombre de ses pensées une entreprise de démystification, notamment de ce que Pascal appelle «les grandeurs d’établissement» Ici, précisément, Pascal s’attaque à la sacralisation du pouvoir royal s’appuyant sur la «puissance trompeuse» de la «coutume». Sa thèse est implicite : le roi n’est pas de nature divine comme le croient les courtisans, mais bien un homme ordinaire, comme va le démontrer Pascal en dévoilant le mécanisme de conditionnement qui incline au respect et à la terreur.
Comment procède Pascal? Il donne l’explication véritable des phénomènes pour y comparer l’opinion fausse des mondains. En effet, il observe ce que fait la coutume, analyse le mécanisme des signes du pouvoir suscitant le sentiment ambivalent du respect et de la terreur, sens du sacré. Il explique alors comment, par ignorance du mécanisme du réflexe conditionné, cause réelle de leur émoi, les courtisans, en présence de la seule personne royale le divinisent. Et il formule l’expression par laquelle ils expriment leur croyance sans fondement.
2 NIETZSCHE : Ce que j'ai une fois dit (Aurore)
«Ce que j’ai une fois dit, je le fais.» Cette façon de penser passe pour une marque de caractère. Combien d’actions n’accomplit-on pas, non pour les avoir choisies comme les plus raisonnables, mais parce qu’elles ont engagé d’une façon ou d’une autre notre ambition et notre vanité au moment où elles nous sont passées par l’esprit, si bien que nous n’en démordons pas et les accomplissons aveuglément !
Ainsi elles augmentent chez nous la foi en notre caractère et notre bonne conscience, et donc, dans l’ensemble, notre force : tandis que le choix de l’action la plus raisonnable possible entretient en nous le scepticisme envers nous mêmes et par conséquent un sentiment de faiblesse.»
Passons au deuxième texte illustrant la démarche d'analyse critique d'une expression courante. C'est un texte de Nietzsche tiré de son ouvrage Aurore. Procédons à l'inventaire des champs lexicaux (cf. Méthodologie de l'étude de texte)
Inventaire des champs lexicaux du premier paragraphe
LE MOI LE TEMPS L'ACTION
« j’ ai une fois dit Ce que,
je fais. le »
_______________________________________________
Cette façon une marque
de penser de caractère.
passe pour
________________________________________________
-on Combien d’actions
La RAISON La PASSION n’accomplit pas,
nnon pour mais parce qu’ les
avoir choisies ont engagé elles
comme les plus raisonnables, notre ambition
et notre vanité
Moi social
Moi superficiel au moment où elles
nous sont passées par
l’esprit,
------------------------------------------------------------------------------------
si bien que nous n’en démordons pas et les
aveuglément! accomplissons
________________________________________________
Que nous apprend cet inventaire? Que trois champs lexicaux structurent le texte: celui de l'action peu important (termes indéfinis ce que... le...les...), celui du temps instantané (une fois...au moment ou...passés par...) et du temps de la persistance (n'en démordons pas). Nous sommes en présence d'un paradoxe : nous tenons résolument à une action choisie rapidement! Enfin le champs lexical le plus important est celui du MOI. Le Moi est divisé en trois: l'aspect cognitif ( la raison, l'idée passant par l'esprit, l'aveuglement) l'aspect affectif (ambition et vanité, toutes deux de nature sociale) et l'aspect actif (dire, faire, accomplir et la volonté : n'en démordons pas). Ce qui relie ces deux champs sont la marque de caractère qui renvoie à ce qui fait dans la durée la caractéristique de ma personnalité.
Examinons les démarches suivies par Nietzsche afin de les confronter à celles de Pascal, puis à celle de Merleau-Ponty.
«Ce que j’ai une fois dit, je le fais.» Nietzsche commence par donner l'expression qu'il va analyser de façon critique. Soulignons que c'est là la démarche habituelle; Pascal, quant à lui avait formulé l'expression en dernier.
Cette façon de penser passe pour une marque de caractère. Nietzsche, par cette tournure modalisatrice, introduit sa correction de l'expression (cela passe pour...sous entendu mais en fait, mais en réalité...ce n'en est pas une. retenez cette tournure modalisatrice ainsi que les autres du même genre (on croit que...il paraît que... on tient pour...on considère comme...il semble que...) Elles indiquent toutes la distanciation de l'auteur vis à vis de ce qui est énoncé.
«Combien d’actions...» Par cette interrogation, Nietzsche problématise l'affirmation de l'opinion et fait réfléchir l'homme de sens commun sur ses actions choisies dans l'instant.
«Ainsi elles augmentent...»Nietzsche expose les conséquences paradoxales de ce comportement.
Dans le texte de Pascal, l’opinion tient un discours sur l’autre fondé sur la méconnaissance du moi et de la société. Ici, dans le texte de Nietzsche, c’est un discours de soi sur soi-même, l’image de soi que le sens commun se donne à lui-même et donne aux autres : un être fort, de caractère, un roc inébranlable. Nietzsche va dénoncer cette auto-illusion et montrer qu’en croyant se distinguer, être un homme de caractère, un être libre, l'homme de sens commun est en réalité prisonnier du conditionnement social : il se méconnaît, il méconnaît la société, le rôle des déterminations sociales dans la constitution de l’être humain.
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MOI |
SOCIETE |
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confusion entêtement volonté ignorance du mécanisme de la pensée caractère identifié à la permanence erreur sur l’attribut du concept |
méconnaissance du jeu social du rôle de la société sur l’affectivité : ambition et vanité |
Démarches de l’opinion
L’opinion saisit une part de la réalité. Elle est consciente que la persévérance et non le caprice, le changement constant peut être une marque de caractère. Elle retient comme critère de caractère la détermination irrévocable de l’action à entreprendre, de la permanence du choix : on ne revient pas sur ce qui a été décidé une fois pour toute. Mais cette valorisation de l’intransigeance est fondée sur une méconnaissance du moi : les mobiles du choix et l’ignorance de ce qui intervient dans la décision spontanée. Elle est aussi fondée sur une méconnaissance de la société, des autres : la force du conditionnement social, l’influence des valeurs sociales dans nos choix spontanés (rôle de la mimésis) et du statut social, l’image de soi que l’on veut donner aux autres. L'opinion ne saisit que l’instant: « j’ai une idée, c’est la mienne et elle est géniale ! » Il y a là une ignorance de son passé et des mécanismes de conditionnement. Pourtant l’opinion se trouve confirmée dans son analyse, l’expérience vient renforcer sa croyance au lieu de la démentir. Son explication semble la bonne «ça fonctionne».
Démarches du philosophe
Nietzsche va démontrer que le critère retenu : la persévérance dans l’action choisie n’est ni suffisant, ni même nécessaire pour définir l’homme de caractère. Pour cela, il va problématiser l’opinion en soulevant une difficulté, en faisant réfléchir sur les vrais mobiles du choix et sur le critère retenu qui peut prêter à confusion. (mauvaise conceptualisation de l’opinion, erreur sur l’attribut essentiel et confusion entre des réalités). Ce n’est pas la raison, mais l’ambition et la vanité qui sont souvent à l’origine de nos choix. L’ambition est un sentiment qui nous pousse à entrer dans le jeu social, à choisir ce que choisissent les autres ; la vanité, quant à elle, est un sentiment qui amène à choisir en fonction de l’idée que l’on veut donner de soi aux autres. L’homme de sens commun s’affichant comme homme de caractère et se croyant tel montre au contraire par là sa faiblesse. En effet, il agit uniquement non en fonction de ses propres valeurs, mais en « homme du troupeau » en fonction de celles de la société. Nietzsche par là implicitement suggère le vrai critère de l’homme de caractère. Il est non pas tant l’entêtement à ne pas changer d’idée une fois le choix fait, («Persévérer dans la sottise est une sottise de plus» souligne Jankélévitch), que ce qui est à la source du choix. Certes persévérer dans son entêtement a l’apparence de la volonté par rapport à celui qui papillonne, commence mille et une choses et n’en fait aucune sérieusement. Mais le choix de l’opinion est lié à l’instabilité de la pensée spontanée, irréfléchie. On choisit ce qui passe par l’esprit, on survalorise ainsi le moi de l’instant, on va figer dans la permanence ce moi en méconnaissant le moi profond, le moi du temps. L’opinion méconnaît le mécanisme de la pensée instable et fuyante, survalorise l’affectivité au détriment de la raison. Notre spontanéité individuelle, ambition et vanité, est en effet déterminée par la société. On se croit libre, en fait on est déterminé par la société, derrière l’individuel se cache le collectif.
Dans un deuxième temps, Nietzsche développe les conséquences paradoxales d’un tel comportement : il renforce la foi de l'homme de sens commun en soi, sa «bonne» conscience, consolide sa force, alors que celui qui réfléchit, qui questionne et s’interroge sur le meilleur choix à faire aboutit au scepticisme, à la mauvaise conscience, donc a un sentiment de faiblesse. L’erreur de l’opinion est d’autant plus grave qu'elle est confirmée dans ses idées fausses par l’expérience. Ainsi celui qui se croit fort est en réalité faible et inversement.
La thèse de Nietzsche est ici implicite. Le critère à retenir pour l’homme de caractère est le choix libre, càd fondé en raison, émanant d’une décision personnelle insensible au jeu social, à l’idée que les autres pourraient avoir de lui. C’est un choix lucide et l’homme de caractère peut parfaitement en connaissance de cause revenir sur sa décision.
De l’analyse de ces deux textes, nous trouvons confirmée l’ignorance que l’opinion a du moi et de la société. L’opinion ne saisit que ce qui est manifeste, ce qui se passe dans l’instant. Elle ignore le rôle du passé, de la formation de la personne et le poids de la société dans cette formation. Elle ignore que l’individuel est collectif. Le philosophe lui, sait. Il est capable d’analyser la réalité, de reconnaître les mécanismes, mêmes inconscients, capable de ce fait d’expliquer l’erreur de l’opinion et grâce au procédé critique de remonter aux sources de ses affirmations selon la définition que Kant donne de cette méthode.
En complément de cette étude, voici deux exemples d'introduction générale du problème (Remarquez que le début de l'introduction selon l'action est le même que celui du texte de Pascal. L'intérêt de cette méthode de reconnaissance des démarches est de permettre cette économie de pensée. Ce formalisme de la démarche philosophique qui reste à organiser à l'instar de celui des mathématiques est plus propice à l'enseignement de la philosophie, car elle permet de donner aux élèves des points de repères et effectivement de comprendre et d'expliquer un texte sans la connaissance de la doctrine de l'auteur comme le souligne la consigne présentant la dissertation sur texte.
Introduction selon la pensée, la philosophie
Dans Aurore, sous - titré «réflexions sur les préjugés moraux», Nietzsche indique qu’une raison de vivre serait d’être une «sorte de «médecin des pauvres d’esprit», pour aider ceux dont la «tête est troublée par des opinions». Or ce rôle, il l’exerce pleinement dans ce texte tiré du même ouvrage. Nietzsche cherche à aider l’homme de sens commun à ne pas prendre l’entêtement à accomplir des décisions hâtives pour une marque de caractère. De là le double intérêt philosophique de ce texte: d’une part il permet de suivre ce «penseur du soupçon» dans sa démarche d’analyse critique, d’autre part en interrogeant sur les prises de décision, il invite à distinguer entêtement et volonté et par là à chercher à fonder la liberté en la dégageant d’une spontanéité toute liée au jeu social. Mais surtout ce texte, éclairé par les conceptions ultérieures que Nietzsche donnera de l’amor fati et de l’Eternel Retour permettra d’approfondir l’idée que Nietzsche se fait de la reconnaissance de soi (Selbstsuch).
Introduction selon l’action, l’actualité
Tout homme a des idées, ou plus exactement se fait des idées sur le monde, la société et surtout lui - même. Face à l’opinion, la tâche du philosophe est de l’analyser, de la corriger, voire éventuellement de dénoncer ses effets pervers ou ses conséquences dangereuses. Ainsi dans ce texte, Nietzsche, «penseur du soupçon», corrige l’image que l’homme de sens commun se donne à lui - même et aux autres: un être fort, décidé, un roc inébranlable qui persiste dans sa décision prise. L’intérêt philosophique de ce texte est, en nous amenant à choisir entre le têtu opiniâtre de l’opinion et l’homme d’action lucide de Nietzsche, de nous interroger sur les motifs de nos choix et le rôle que la spontanéité et par delà la société, peuvent jouer dans nos prises de décision. Cette démarche d’analyse critique de l’opinion permettra de cerner la marque d’un véritable caractère et d’approfondir les sources d’aliénation que tout homme porte en lui, en rappelant la nécessité d’une reconnaissance de soi et l’effort à faire pour se délivrer de la précipitation et de la prévention.
MERLEAU - PONTY
«On dit que le temps passe ou s’écoule. On parle du cours du temps. L’eau que je vois passer s’est préparée, il y a quelques jours dans les montagnes, lorsque le glacier a fondu ; elle est devant moi à présent, elle va vers la mer où elle se jettera. Si le temps est semblable à une rivière, il coule du passé vers le présent et l’avenir. Le présent est la conséquence du passé et l’avenir la conséquence du présent. Cette célèbre métaphore est en réalité très confuse. Car, à considérer les choses elles-mêmes, la fonte des neiges et ce qui en résulte ne sont pas des événements successifs, ou plutôt la notion même d’événement n’a pas de place dans le monde objectif. Quand je dis qu’avant hier le glacier a produit l’eau qui passe à présent, je sous-entends un témoin, assujetti à une certaine place dans le monde et je compare ses vues successives...Le temps n’est donc pas un processus réel, une succession effective que je me bornerais à enregistrer. Il naît de mon rapport avec les choses. »
Examinons les démarches suivies par Merleau-Ponty :
«On dit que...On parle du ... »Merleau-Ponty présente l’opinion,
«L’eau que je vois passer...où elle se jettera» il l’explique en développant la métaphore, « Si le temps est semblable à... »il accepte l’opinion et en tire les conséquences, il transforme l’opinion en thèse philosophique et met en évidence son discours sur la nature du temps et le rapport de ses trois instances le passé, le présent et l’avenir.
« En réalité » Il amorce sa correction en observant la réalité.
à considérer les choses elles-mêmes » Il met en évidence le postulat sous-entendu négligé par le sens commun oubliant un élément de la réalité :le rôle de témoin.
« Le temps n’est donc pas... »Il rejette la métaphore et substitue à l’opinion sa thèse philosophique.
Dans le texte de Pascal, l’opinion tient un discours sur l’autre fondé sur la méconnaissance du moi et de la société. Dans le texte de Nietzsche, c’est un discours de soi sur soi-même. Ici, c’est un discours de l’opinion sur le monde. Elle parle du temps et le compare à l’espace. Merleau-Ponty va dénoncer cette confusion et démontrer que ce réalisme naïf méconnaît ce que sont les choses en elles-mêmes et méconnaît ce qu’est le moi et le rôle fondamental de la conscience donatrice de sens.
Démarches de l’opinion
Que fait le sens commun ? Il compare, il parle du temps comme s’il était de l’espace. Le temps est ainsi spatialisé. L’opinion utilise aussi un langage métaphorique : le temps coule comme de l’eau. En assimilant ainsi des réalités qui sont d’ordres très différents, elle croit expliquer. C’est le propre de la pensée préscientifique de procéder par image et de croire avoir expliqué un phénomène en l’ayant réduit à un autre. ( cf Bachelard , sa dénonciation des analogies immédiates, du rôle de l’image comme obstacle épistémologique, ainsi que de l'obstacle verbal. Dans La formation de l'esprit scientifique,Gaston Bachelard expose une dizaine d'obstacles épistémologiques dont l'obstacle verbal, une image familière à partir de laquelle on on croit expliquer un phénomène en le nommant. Un mot et une image tiennent alors lieu d'explication.) L’opinion croit naïvement à la réalité de ce qu‘elle perçoit : Les choses sont telles que je les vois. Tournée vers le monde extérieur, l’opinion néglige de se regarder regardant. Elle ignore le rôle du moi, le rôle de la conscience qui se souvient d’hier où elle voyait la fonte du glacier, et qui imagine demain quand le fleuve se jettera à la mer.
Démarches du philosophe
Le philosophe analyse cette façon de parler. Il se méfie de l’obstacle verbal. Après avoir pris en compte cette affirmation du sens commun, l’avoir développée dans son analyse, avoir mis au clair son discours sur le monde, il la juge. Il compare ce que dit l'opinion et ce qui est, il confronte son discours à la réalité qu'il analyse. La métaphore spatialise le temps et transforme ainsi en parties de la nature le passé, le présent et le futur qui seraient comme l'amont, l'ici et l'aval, parties coexistantes de l'espace. Mais si ces trois lieux sont effectivement parties de la nature, le passé et le futur n'en sont pas. Ils n'existent que dans la mémoire ou l'imagination de l'homme témoin. Sa conscience est présente à ce qui est absent. C'est l'homme qui essaie désespérément de se souvenir, qui anxieusement attend l'avenir espéré ou craint. Contrairement à l’attitude du sens commun qui ne saisit que l’apparence, qui ignore l’apport primordial du moi et qui confond ce qui vient de moi et ce qui vient du monde, le philosophe nous apprend que c’est du sujet qu’il faut partir comme d’un commencement absolu. C’est lui qui donne sens, càd ce qui est est éprouvé, perçu, jugé temporellement.
En complément de cette étude, voici deux exemples d'introduction générale du problème
Introduction selon la pensée, la philosophie
La réflexion de Merleau - Ponty s’enracine dans une double tradition : d’une part celle de Husserl et de sa méthode phénoménologique, d’autre part celle de Heidegger montrant la structure spécifique du temps humain. Cette tradition nous la retrouvons dans ce texte tiré de « la phénoménologie de la perception » où Merleau - Ponty met à jour la nature de la temporalité en critiquant le réalisme naïf de l’opinion. Pour l’opinion, le temps est dans les choses. pour le philosophe, il est l’étoffe même de notre être, il est par et pour l’homme. De là, le double intérêt philosophique de ce texte. D’une part , il traite de la temporalité, concept élaboré par la philosophie contemporaine, Hegel, Heidegger et J.P. Sartre notamment. D’autre part, il s’inscrit dans le cadre de la conception phénoménologique de la conscience donatrice de sens telle qu’elle a été approfondie par Husserl, J.P. Sartre et Merleau - Ponty lui - même.
Introduction selon l’action, l’actualité
Tout homme a des idées, ou plus exactement se fait des idées sur le monde, la société et surtout lui - même . Face à l’opinion, la tâche du philosophe est de l’analyser, de la corriger, voire éventuellement de la dénoncer en montrant ses défauts les plus constants, notamment l’équivoque de son langage et le réalisme naïf de sa conception du monde fondée sur une méconnaissance et de ce monde et de soi-même. Ainsi dans ce texte, Merleau - Ponty fait une analyse critique des expressions du langage ordinaire sur le temps. A l’idée du sens commun :un temps des choses extérieur et objectif, il substitue le concept de temporalité, dimension constitutive du sujet : l’homme est le temps. D’où vient que l’opinion puisse se tromper sur l’être du temps se demande Merleau - Ponty, sinon de l’approximation des métaphores et de l’ignorance du rôle constitutif de la conscience. D’où le double intérêt philosophique du texte . d’une part, il interroge sur l’obstacle verbal que constitue dans la connaissance commune l’appel à la métaphore. D’autre part, et surtout , il amène à réfléchir à la nature même du temps, étoffe de notre être, et, par là, à la structure de la conscience donatrice de sens.
Conclusion
Nous avons suivi trois philosophes dans leurs démarches d’analyse critique de l’opinion. Tous trois ont dénoncé l’opinion et son ignorance du moi, de la société, du monde, ignorance grave car elle peut mener à l’aliénation. Si je considère le roi comme un être divin m’inspirant respect et terreur, quelle sera mon attitude ? Si je m’imagine avoir du caractère, alors qu’en réalité je ne suis qu’un têtu entêté, quelle conséquence cela aura-t-il sur ma liberté ? Si je ne sais pas ce qu’est effectivement le monde, quelle action pourrais- je avoir sur lui ? Si je prête au monde ce qui relève de moi, j’ignore mon pouvoir effectif sur le monde et mon pouvoir sur moi. Pascal et Nietzsche démontrent que le moi n’est pas si important que cela tant qu’il n’a pas pris conscience du conditionnement social qui le constitue et Merleau-Ponty que le moi est plus important que cela lorsqu’il donne sens au monde. Le sens commun sous-estime la société ou la surestime, surestime le monde et valorise et dévalorise le moi. Il se trompe sur les relations SOCIETE MOI MONDE et croit séparé ce qui forme une seule et même réalité l’individu et la société, l’homme et le monde.
Nous pouvons à partir de l'analyse de ces trois textes, dégager la structure de la démarche d'analyse critique d'une expression courante. Le texte doit comprendre en un mouvement une expression entre guillemets. Le philosophe peut clarifier le contenu de l'expression en exposant ses conséquences, en la transformant en théorie philosophique en exposant les postulats sur laquelle elle s'appuie. En un deuxième mouvement, l'auteur introduit sa correction et exprime sa distance par des tournures modalisatrices. Il confronte le discours de l'expression à la réalité, expose ses conséquences négatives. On pourrait résumer la démarche à ce geste mental: « ON CROIT QUE...MAIS EN RÉALITÉ... », ce geste mental est celui que l'on demande dans la plupart des sujets qui réclament de partir de la notion confuse, empreinte d'opinion pour aboutir à un concept philosophique clair élaboré à partir de l'analyse de la réalité.
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