KANT : On ne flétrira pas leurs erreurs...

On ne flétrira pas leurs erreurs sous le nom d’absurdités, de jugements ineptes, etc., mais on supposera plutôt qu’il doit y avoir dans leurs opinions quelque chose de vrai, et on l’y cherchera ; en même temps aussi, on s’appliquera à découvrir l’apparence qui les trompe (le principe subjectif des raisons déterminantes de leurs jugements, qu’ils prennent par mégarde pour quelque chose d’objectif) et, en expliquant ainsi la possibilité de leurs erreurs, on saura garder encore un certain respect pour leur intelligence. Si au contraire, on refuse toute intelligence à son adversaire, en traitant ses jugements d’absurdes ou d’ineptes, comment veut-on lui faire comprendre qu’il s’est trompé ? »
        Ce texte de Kant va nous permettre de justifier l'analyse que fait Épictète du commencement de la philosophie et d'illustrer la démarche d'analyse génétique, mais aussi de comprendre à partir d'exemples la méthode d'étude de texte (cf ces pages Méthodologie de l'étude de texte et Épictète: le commencement de la philosophie)

Pour préparer l'analyse du texte, il est possible d'organiser sous forme de tableau de la manière suivante, en trois colonnes: à gauche le texte même dans ses différentes phrases, au milieu, le travail du philosophe et à droite, les questions et interrogations que suscite le texte.

TEXTE TRAVAIL DU PHILOSOPHE QUESTIONS INTERROGATIONS
On ne flétrira pas leurs erreurs...mais on supposera plutôt...
et on l'y cherchera
on ne fera pas ceci...mais on fera cela
démarche de recherche de la norme, suite de jugements de valeurs (termes péjoratifs (flétrir, absurdités, jugements ineptes)
Pourquoi?  Quelle est la cause ou la finalité justifiant ce devoir
Si je suppose qu'il y a quelque chose de vrai, alors c'est que l'erreur n'est pas totale. Si je dois chercher ce quelque chose de vrai, c'est qu'il ne m'apparaît pas. Pourquoi?C'est peut-être parce que je suis psychologiquement fixé sur l'erreur

Il est nécessaire de prendre du recul par rapport au choc affectif provoqué par l’erreur.

 

en même temps aussi,
on s'appliquera à découvrir l'apparence qui les trompe
(le principe subjectif des raisons déterminantes de leurs jugements, qu'ils prennent par mégarde pour quelque chose d'objectif)
et, en expliquant ainsi la possibilité de leurs erreurs, on saura garder encore un certain respect pour leur intelligence.

En même temps aussi… double tache recherche de l’apparence trompeuse travail d’analyse génétique

Source de l’erreur : la subjectivité

mise en évidence du mécanisme psychologique et intellectuel de l’erreur

justification de cette démarche respect de celui qui s’est trompé

Pourquoi? Je dois chercher l'erreur et comprendre son mécanisme

Si je dois m’appliquer, c’est que ce n’est pas facile

Si au contraire, on refuse toute intelligence à son adversaire, en traitant ses jugements d'absurdes ou d'ineptes, comment veut-on lui faire comprendre qu'il s'est trompé ? »

Énoncé des conséquences dommageables si on n’applique pas cette démarche

 Kant dans ce texte mène une
démarche de recherche de la norme

 

Au fondement de ce choix une conception des démarches intellectuelles et de l’homme. Idée kantienne du respect

 

 

Retenons ce texte comme un texte exposant la démarche de recherche de la norme reconnaissable soit parce qu'elle emploie les verbes :«il faut», «on doit» ou l'expression: «il est nécessaire de», soit parce qu'elle exprime une défense ou une injonction en utilisant le geste mental:«on ne fera pas ceci...mais on fera cela...» A cela s'ajoute nécessairement des termes péjoratifs ou mélioratifs et des valeurs. Ce texte va permettre de préciser ce travail de recherche de la norme et nous le confronterons à d'autres textes exprimant le même travail. Rappelons que toute notre démarche est fondée sur l'apprentissage du travail intellectuel et en pénétrant dans les ateliers de divers philosophes, en les voyant opérer le même travail, nous apprendrons à user des mêmes outils.

        Ce texte de recherche de la norme commence par une injonction prescrivant l'attitude à ne pas avoir face à l'erreur. Insistons bien : l'erreur est là, elle est évidente et notre spontanéité pourrait nous amener à la juger rapidement comme une absurdité, càd comme une expression qui n'a pas de sens, ou comme une ineptie, càd un jugement qui n'est pas sain. Et la liste des qualificatifs dépréciatifs pourrait s'allonger, Kant sait que pour qualifier les bêtises d'autrui, nous ne manquons pas de vocabulaire : aneries, niaiseries, imbécillités, absurdités, balivernes...Ayant énoncé l'attitude à ne pas avoir, Kant propose l'attitude préférable à adopter : supposer que le discours de l'autre comporte une part de vérité. Pourquoi cette supposition? Essayons de comprendre ce que Kant  propose. On peut faire l'hypothèse que l'erreur nous a sauté à l'esprit, on ne voit qu'elle et immèdiatement viennent les qualificatifs énoncés. L'esprit est occupé par l'erreur, il faut alors prendre sur soi, faire un effort pour imaginer que quelque part, dans ce discours que nous sommes prêts à qualifier de tissus d'aneries se cache une vérité que nous n'avons pas apperçue. Et si on suppose une vérité, on fera l'effort de la chercher, et la cherchant, on la trouvera, notre attention la fera surgir. Tous les candidats au baccalauréat doivent souhaiter que les correcteurs tiennent compte des conseils de Kant et s'efforcent de chercher la vérité par delà leurs erreurs. Mais il ne faut pas pour autant oublier l'erreur et Kant explique ici la démarche d'analyse génétique qui cherche à savoir d'où vient l'erreur. Là aussi, il y a un effort à faire (ce qui confirme que le travail intellectuel ne se fait pas sans peiner et sans besogner, comme le souligne Hegel luttant contre les préjugés romantiques) Il faut remonter à la source et découvrir l'apparence trompeuse. Nous avons ici un passage caractéristique du texte philosophique par nature abstrait. Si je lis rapidement « le principe subjectif des raisons déterminantes de leurs jugements, qu'ils prennent par mégarde pour quelque chose d'objectif »je peux paniquer et me dire: « quelle obscurité! ». Mais il ne faut pas abandonner et toujours chercher à comprendre les réalités qui sont évoquées derrière les termes, en sectionnant le texte mot par mot pour pouvoir arriver à une explication de l'ensemble. Je cherche l'erreur, une apparence trompeuse que l'on a prise pour vérité. C'est, dit Kant, un « principe », entendons par-là une proposition première à la base du jugement. Sur ce principe s'appuient des « raisons », lesquelles raisons vont amener à des « jugements ».Ainsi par analyse génétique, j'ai examiné attentivement les fondements réels de l'affirmation, je suis remonté des jugements aux raisons et des raisons au principe erroné que l'autre a considéré comme fondé, objectif, càd renvoyant à la réalité, alors qu'il est subjectif, càd lié au sujet particulier. Cette erreur provient d'une inattention : l'autre n'a pas attentivement examiné la nature de ses affirmations. La démarche de recherche de la norme ne consiste pas seulement à dire ce qu'il ne faut pas faire, ou ce qu'il faut faire, mais elle doit aussi justifier en indiquant quelles sont les conséquences heureuses ou négatives de ces exigences(gestes mentaux: si tu fais ceci...voici le bien qu'il en résultera; si tu fais cela..., voici les inconvénients que tu risques de rencontrer). Ainsi Kant explique d'abord le bénéfice que l'on tire de cette façon de considérer l'erreur de l'autre. Certes il s'est trompé, mais intelligemment pourrions nous dire, car si le principe est erroné, les raisons qui en découlent et les jugements que l'on en tire s'enchaînent rationnellement. Et Kant de rappeler au respect de ces intelligences, qui, bien que s'étant fourvoyées, trompées par des apparences et un manque de vigilance, raisonnent et sont encore capables de parvenir à la vérité, cette vérité dont Kant demande de faire l'effort de la chercher et de la découvrir. Soulignons ici l'importance particulière que revêt la notion de respect dans la philosophie de Kant. C'est lui qui a jeté les bases philosophiques de la dignité de la personne humaine devant toujours être considérée comme une fin et jamais seulement comme un moyen.Enfin Kant expose les conséquences négatives: si on se contente de traiter l'erreur de l'autre de balourdise, de baliverne ou de jugement inepte, comment alors redresser son jugement? Si on ne lui reconnaît aucune intelligence, nulle explication ne pourra lui être donnée, on ne pourra lui demander d'examiner avec nous la chaîne de ses jugements et raisonnements afin de remonter au principe subjectif, source de l'apparence trompeuse. Kant a ainsi expliqué comment nous comporter face aux erreurs de l'autre: il ne s'agit pas aussitôt de le railler, de nous moquer, en niant le caractère sérieux de ses propos, voire même à déclarer l'autre stupide ou fou, càd capable de dire des inepties. Il n'aurait pas l'esprit sain, on annulerait donc ainsi la possibilité de rencontre authentique avec lui en niant tout fonds commun. Kant rappelle qu'en philosophie, la critique porte essentiellement sur les idées et non sur les personnes. Nous devons être sans compromis avec l'erreur, mais garder beaucoup de respect pour les personnes.

 

 

Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus