Partager l'article ! EPICTÈTE : Le commencement de la philosophie: EPICTÈTE :Le commencement de la philosophie & ...
Mettons en application les démarches de l'étude de texte à partir du texte d'Epictète utilisé précédemment et partons de la réécriture de la première phrase pour expliquer pourquoi cette phrase a été ainsi réécrite, cela permettra de mieux comprendre cette pratique.
commencement
philosophie,
c'est
Les mots "commencement philosophie" sont placés en position centrale et
dessous le verbe être. Arrêtons nous là, nous avons déjà assez d'éléments pour identifier la démarche qu' Épictète va réaliser devant nous. C'est une des démarches de base de la philosophie, la
plus importante et que l'on retrouve dans TOUS les sujets de dissertation, même si, par une fâcheuse décision, les sujets qui réfèrent à cette démarche ont été estimés trop
difficiles et ne peuvent plus être donnés au baccalauréat (Les sujets du genre :"Qu'est-ce que..." comme par exemple :"qu'est-ce qu'un homme juste?") Nous pouvons dans le langage courant
identifier cette démarche d'Épictète comme une définition ou une explication, mais de façon plus précise il établit la nature
du commencement de la philosophie, il en donne l'essence, ou plus précisément encore, il
énonce les attributs du
concept "commencement de la philosophie". Voilà ici ce qui déconcerte les élèves et irrite
certains détracteurs de la philosophie qui se plaignent de l'obscurité du vocabulaire. A cela, on peut répondre que tout corps de métier a son vocabulaire, depuis les garagistes en passant par
les électriciens, jusqu'aux tondeurs de chiens! Or les philosophes sont des penseurs de métier et pour faire du bon travail, dans tout métier, il faut de bons outils. L'outil du philosophe, c'est
le langage, mais en tant que pro, il doit avoir des outils efficaces et spécialisés, et pour cela, il va améliorer les mots du sens commun ou créer ses propres termes. Cela deviendra des
concepts. (nous expliquerons plus en détail ce terme). Connaissant la démarche d'un philosophe qui élabore un concept, on s'attend à une énumération d'attributs: "le commencement de la
philosophie, c'est ceci, ceci et cela." Nous ne savons pas encore quels sont ces attributs et combien il y en a, mais en pénétrant furtivement dans l'atelier d'Épictète, en le voyant faire et en
étant un tant soit peu du métier en tant qu'apprenti, nous pouvons anticiper sur sa démarche. C'est là le principe de la méthode : connaissant pour avoir petit à petit rencontré dans des textes
les démarches usuelles du philosopher, nous serons en mesure de les identifier chaque fois que nous aborderons un texte en pénétrant dans l'atelier d'un philosophe. C'est dans tout texte
philosophique la part de connu dont nous parlions dans la méthodologie de l'étude de texte. Mais non seulement cela nous permet de saisir la démarche de l'auteur, mais cela aussi nous indique le
travail que nous aurons à faire en tant qu'examen critique de ce texte. Notre objectif de rendre compte du problème dont il est question amène en effet à passer en revue les démarches du
philosophe et à les évaluer. Ainsi lorsque le philosophe, comme ici,énonce les attributs d'un concept, il fait un jugement de
réalité. De ce fait, nous devons confronter ce qu'il
dit et ce qui est pour juger s'il analyse correctement la réalité. Il nous faudra alors examiner un par un les attributs énoncés, détailler la réalité que recouvrent les termes utilisés (par
exemple que signifie:"le sentiment du conflit entre les hommes"?) et déterminer si effectivement, dans tout commencement de la philosophie, nous trouvons ces attributs. Il s'agit de savoir si le
philosophe a bien fait son travail et s'il nous livre un produit de qualité. En terme technique, c-à-d de logique, on se demandera s'il a saisi les attributs essentiels
ou bien si ce ne sont que des attributs accidentels, relatifs à tel ou tel commencement de la philosophie, mais
non à tous ses commencements. Résumons le principe de notre démarche : connaître la démarche d'un philosophe dans un texte, c'est identifier ce qu'il fait et sachant comment il
doit le faire, cela nous permet de juger de la valeur de son travail.
Examinons maintenant les attributs énoncés en nous arrêtant sur une première constatation, la disparité entre les champs lexicaux: un champ lexical
exprimé par un seul substantif "sentiment' et un champ lexical exprimé par une série de verbes ("on cherche..., on juge..., on examine...on découvre"). Essayons de comprendre cette disproportion:
d'une part, nous avons un substantif appartenant au champ lexical des réactions affectives, d'autre part un champ lexical contenant plusieurs verbes,
celui des activités intellectuelles. Pour bien comprendre, il nous faut savoir ce qu'est un commencement, cela nous permettra une première approche du concept. Qu'est-ce
qu'un commencement ? Posez la question à des dizaines de classes, comme je l'ai fait pendant plus de trente ans et vous obtiendrez comme réponse un mot: le commencement, c'est l'origine. Bien
répondais-je, mais une origine, c'est quoi? Un point de départ. Oui, mais un point de départ, c'est quoi? Et ainsi de suite, les synonymes défilaient et je posais toujours la même question. Nous
sommes habitués à répondre à la question :"qu'est-ce que c'est ?" par un mot, ce mot qui nous cache la réalité, comme le soulignait Bergson, dans un texte que nous étudierons. Pour sortir de ce
cercle vicieux où un mot en appelle un autre, il faut se poser non plus la question :"qu'est-ce que'un commencement?", mais la question :"que faut-il pour qu'il y ait commencement?"; c'est-à-dire
que nous devons passer d'une attitude intellectuelle de dénomination à une attitude de compréhension, au sens étymologique du terme : cum-prehendere, c-à-d prendre avec, ensemble. Il nous faut analyser la réalité d'un commencement pour déterminer les éléments constituants.
Un commencement appartient au champ lexical des repères spatio-temporels. Pour qu'il y ait commencement, il faut des repères, ici temporels, pour déterminer un avant, le temps zéro, celui où la
philosophie n'existe pas, le temps d'avant la philosophie et un temps 1. Il faut comparer ces deux temps et constater, par des jugements de réalité, qu'au temps 1 apparaît un élément qui ne se trouvait pas au
temps zéro. Il y a du nouveau, et c'est ce nouveau qui va permettre de passer d'un temps à l'autre, d'un monde à l'autre. Or le temps d'avant la philosophie est celui où l'affectivité de
l'individu l'emporte et le mène; le temps de la philosophie est celui d'une grande activité intellectuelle qui met à sa place l'affectivité : elle ne doit pas troubler le jugement. Ainsi on
comprend qu'au commencement du commencement, on trouve une réaction affective, mais une réaction affective particulière, celle provoquée par une rencontre d'idées, de paradoxes, c-à-d d'opinions
en conflit. Comment comprendre ce sentiment du conflit? Quelles réalités recouvrent ces termes? Habituellement, parce que nous fréquentons beaucoup ceux qui nous ressemblent, nous nous attendons
inconsciemment à ce qu'ils partagent les mêmes idées que nous et nous formons une psychologie primaire de l'autre, c'est l'alter ego au sens du semblable. Or quelle surprise lorsqu'au détour
d'une conversation, nous découvrons que l'autre a des idées totalement opposées aux nôtres. Aldous Huxley écrivait dans l'un de ses essais que le plus grand étonnement est de découvrir un profond
précipice entre deux fauteuils posés côte à côte. Il signifiait par-là métaphoriquement la stupéfaction d'un anglais bien installé dans un fauteuil moelleux de son club découvrant que le
compagnon installé dans le fauteuil d'à côté et avec lequel il devisait pouvait énoncer des idées diamétralement opposées aux siennes. L'écoute des micros-trottoirs dont raffolent les radios
d'aujourd'hui nous fait entendre des auditeurs se déclarant outrés, scandalisés, horrifiés par les dires de tel ou tel, mais ce n'est là que des propos épidermiques et réactions affectives,
expression de la morale de la sensiblerie de nos concitoyens et peu propre à nous faire cheminer vers la philosophie. Alors que comprendre sous cette expression: " le sentiment du conflit"? Il
nous faut, comme parfois dans les textes, chercher plus loin dans les phrases suivantes de quoi comprendre ce passage. On peut faire une étude linéaire du texte, mais on doit toujours le lire de
bas en haut et de haut en bas, ainsi le sens d'un passage de la ligne deux par exemple sera expliqué plus loin ligne quatre ou cinq.
Procédons à l'écriture des champs lexicaux de ce qu'on peut considérer comme le deuxième mouvement du texte (il est préférable pour des textes de six ou sept
phrases maximum de parler de mouvements du texte, d'étapes, plutôt que de parties) Les deux premières phrases constituent le premier mouvement du texte où Epictète conceptualise le commencement
de la philosophie, il énonce les attributs caractéristiques et confirme que tel est bien ce début.
Tt opinions sont-elles justes ?
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Comment tt opinions pourraient être justes
si opinions se contredisent ?
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DONC Tt opinions ne sont pas justes,
mais du moins nos opinions justes
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Et pourquoi opinions ci
plutôt que opinions Syriens ou Egyptiens ?
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Pourquoi opinions miennes
plutôt que opinions de tel ou tel ?
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Pas plus les unes (opinions) que les autres (opinions)
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donc Il ne suffit pas qu' chose paraisse vraie
pour que chose soit
vraie
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quand poids et de mesures, la simple apparence ne suffit pas,
et nous avons inventé règle pour chaque cas.
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donc Ici , n'y a-t-il pas une règle supérieure
opinion ?
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Comment ce qui est plus nécessaire chez hommes (la règle supérieure= la vérité)
impossible deviner
et découvrir ?
Il y a donc une règle.
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Et pourquoi ne cherchons nous pas règle.
ne découvrons nous pas règle.
et, ayant découverte règle.
n'employons nous pas règle
sans transgresser jamais règle.
fût-ce pour tendre le doigt ?
En respectant la règle essentielle, remplacer les pronoms par les termes auxquels ils renvoient, on voit que le deuxième mouvement du texte est constitué par
deux champs lexicaux importants, celui de l'opinion et celui de la règle( évoqué par le vrai, le juste)
Le commencement de la philosophie
1 Le commencement du commencement : le sentiment du conflit
Dans ce deuxième mouvement du texte, nous trouvons à la fois une argumentation et une explication des attributs retenus pour constituer le commencement de la philosophie. Épictète procède par
question-réponse. La première réponse nous permet de mieux comprendre ce que peut être le sentiment du conflit. Il s'agit du sentiment lié à la découverte d'une opinion contradictoire. Nous
sommes surpris, choqués de voir que d'autres avec la même tranquillité, force et certitude que nous profèrent des idées contraires aux nôtres. Ce sentiment du conflit se traduit par
l'interrogation, le doute, l'inquiétude et ce second mouvement du texte constitué de questions nombreuses l'illustre bien. C'est l'embarras de l'esprit qui hésite entre deux solutions et
s'éveille à la difficulté. Là où il y avait certitude tranquille et réponse assurée, il n'y a plus qu'interrogation et mise en question suite à l'ébranlement causé par le conflit d'opinion. On
peut identifier dans ce sentiment du conflit l'étonnement dont parle Platon à travers la formule de Socrate : « Celui qui a fait de la philosophie la fille de l'étonnement s'y connaît assez bien
en généalogie » Et par sa maïeutique, Socrate s'efforçait d'éveiller les âmes en posant des questions « simples » : qu'est-ce que le courage ? Qu'est-ce que la justice?Qu'est-ce que la piété ?
Puis la réponse donnée, il provoquait cet embarras chez son interlocuteur en mettant en question la validité de cette réponse, en soulevant une ambiguïté, une contradiction, en suscitant la
discussion. Épictète. procède de même: Il problématise, càd après chaque affirmation, il pose une question qui amène à réfléchir sur cette affirmation, à la remettre en cause, à la dépasser. La
problématisation, c'est l'activité intellectuelle par laquelle on met en question une certitude première et c'est un des moyens de susciter le sentiment du conflit. Commencer à philosopher, c'est
avoit le sentiment d'un conflit d'opinion et s'interroger sur cette contradiction
Philosopher, certes, c'est avoir le sens de la question, mais ce n’est pas suffisant de questionner, il faut problématiser, faire surgir une problématique.
Problématiser, c'est transformer une question en problème et c'est la première difficulté rencontrée par un élève de philosophie. Il doit prendre conscience que LA QUESTION N’EST PAS LE PROBLEME.
Le fait que l’énoncé d'un sujet de dissertation est toujours posé sous forme de question ne doit pas faire illusion, la question n’est pas le problème et ne l’est jamais. Problématiser, formuler
un problème, c'est interroger, mettre en question des affirmations, des certitudes. Car une question peut déboucher rapidement sur une réponse énoncée avec certitude et enfermer dans la solution.
On saisit ici dans ce texte le rôle d'une argumentation problématisante dans cette stratégie du questionnement d'Epictète. A la question : « toutes les opinions sont-elles justes? », on peut
répondre immédiatement : «non, seules les miennes le sont» et le sentiment de contradiction ne joue plus alors son rôle de déclencheur de la démarche philosophique : à quoi bon s'intéresser à
l'opinion de mon contradicteur si je considère celle ci comme erronée? C'est pourquoi Epictète problématise aussitôt cette réponse en questionnant sur ce sentiment de détenir la réponse vraie : «
Et pourquoi celles-ci plutôt que celles des Syriens ou Egyptiens ? Pourquoi les miennes plutôt que celles de tel ou tel ? » Pourquoi ce seraient les grecs ou les romains qui détiendraient la
vérité et non pas les syriens ou égyptiens, remarquons ici la démarche d'Epictète qui généralise aussitôt en étendant le problème de la confrontation des avis au choc des cultures. Nous
saisissons là une première façon de ne jamais commencer à philosopher : J’ai raison, le dogmatisme. L’affirmation de ses opinions fermées aux discours des autres s’appelle le dogmatisme. Il
consiste à tenir pour vérité indiscutable sa conception contre toute forme d’objection et de critique. Cette attitude contraire de l’autocritique ne remet pas en question son opinion, la tient
pour vraie de manière définitive alors même qu'elle pourrait être critiquée. Par un argument d'autorité: « Moi je pense que », on met le poids de son ego dans la balance pour peser sur autrui et
compenser ainsi la faiblesse de notre position. Et si on nous demande pourquoi ?, nous ne pouvons répondre que : «C'est comme ça ! Ce sont mes opinions à moi ». Premier obstacle à l’éveil
philosophique : le DOGMATISME, j’ai
raison, j’ai toujours raison, je ne peux pas avoir tort.
A l'inverse de la situation précédente, il est possible d’accepter des opinions différentes des nôtres,
mais c'est tout aussitôt pour les fondre dans la pluralité des opinions. Lorsqu'une opinion nous dérange, nous la relativisons exprès en disant «c'est une opinion comme une autre ». ou «c'est ton
opinion », de là les expressions telles que : « tout se vaut » ; « à chacun ses opinions »; « à chacun sa vérité »; « on détient tous une part de la vérité » ; « chacun a le droit de penser ce
qu'il veut » ; « c'est comme les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas », « c'est une question de point de vue ». Cette attitude, le relativisme (précisons relativisme individuel), bien
qu'ardemment combattue tout au cours de l'année est apparemment indéracinable dans l'esprit des élèves, d'autant plus qu'elle est renforcée par l'esprit du temps, même si Socrate a du lutter
contre Protagoras et sa formule: « l'homme (entendons l'individu particulier) est la mesure de toute chose ». Le relativisme est la position de ceux qui pensent que tout le monde détient sa
vérité, qui est donc relative à celui qui l'énonce et non une affirmation qui a sa valeur en soi, indépendamment de celui qui la professe. On peut croire que ce relativisme est généreux puisqu'il
amène chacun a y aller de son opinion et cela sans accorder plus de valeur à un énoncé qu'un autre (en apparence). Ainsi ce relativisme serait préférable au dogmatisme qui peut recourir à des
arguments frappants (au figuré et au sens premier) pour imposer sa vérité. Apparemment le relativiste est tolérant, mais en réalité, c'est pour rester sur son quant-à-soi et pour éviter toute
confrontation directe, c'est finalement lâcheté par peur de s'opposer à l'autre, ou peur de perdre ses certitudes, ou même paresse pour éviter l'effort de se questionner et de chercher. En somme,
le discours du relativiste est le suivant : « je veux bien que tu m'exposes ton opinion, je décide, pour ne pas te fâcher, d'en faire ta vérité, mais une fois exposée, remet là dans ta poche et
repart avec, je garde pour moi mon opinion qui est ma vérité. » Ce n'est rien d'autre qu'un dogmatisme adapté qui travaille à la douceur et qui se masque sous le beau nom de tolérance. Et je ne
me fatigue pas à examiner nos deux opinions, à les confronter dans leur origine et leurs conséquence,s, à peser chacun des arguments pour énoncer une proposition recevable pour tous. J'évite
ainsi le trouble de devoir constater que l'autre aurait raison et l'ennui de devoir réviser mes croyances et attitudes et je réaffirme comme le dogmatisme mes opinions. L'opinion de l’autre bien
que tolérée est désamorcée, son pouvoir interrogateur devient nul par un renoncement à la recherche de la vérité. Une telle attitude est, comme le relativisme, une façon de ne jamais commencer à
philosopher, puisque le sentiment du conflit est évanescent: l'autre repart aussitôt avec sa vérité dans sa poche, elle ne m'intéresse pas, j'ai déjà la mienne! Second obstacle à l'éveil
philosophique : le relativisme, chacun a sa
vérité!
Enfin
dernière manière de ne jamais commencer à philosopher qu'on peut rattacher à la réponse d'Épictète: « pas plus les unes que les autres » avec une grande différence cependant. En effet Épictète ne
fait que suspendre son jugement, car face à l'opinion contradictoire, il attend d'en savoir plus pour décider qui a raison, mais le scepticisme banal, lui, objecte fortement à toute recherche de vérité : « personne n'a raison, il n'y a pas de vérité » (j'entends par-là ce scepticisme
que certains élèves utilisent pour déstabiliser le professeur: »qu'en savez-vous de telle ou telle notion? ou pour clore leur dissertation : « après tout personne n'en sait rien et n'en saura
jamais rien ») Résumons-nous : l’éveil philosophique, la rupture avec le monde de l’opinion peut échouer: soit en n’accordant aucune importance au conflit, par
relativisme (tout le monde a raison) et par dogmatisme (j’ai raison) soit en accordant trop d’importance au conflit scepticisme (personne n’a raison), par rejet de l’altérité et par renoncement à
la vérité.
2) s’interroger sur l’origine ou le fondement des opinions : l’analyse génétique
Ayant surmonté les obstacles du dogmatisme, du relativisme et du scepticisme, nous sommes confrontés à l'opinion contradictoire et nous devons comprendre ce conflit. D'où vient que l'autre soutient avec aisance une idée si différente de la mienne? d'où provient son idée et d'où provient la mienne ? Il faut y regarder de plus près, démonter le mécanisme de la pensée, essayer de comprendre pourquoi lui et moi, nous sommes amenés à soutenir telle idée. Nous devons, pour analyser lucidement nos idées, comprendre comment elles se sont formées, saisir leur généalogie. L'autre pense différemment de nous. Voilà de quoi nous interroger : qui a raison ? Il faut mettre nos certitudes et les leurs à la question, pour examiner leur origine ou leur fondement. Nous trouvons là deux repères. Les repères sont les outils du philosophe, des termes absolument nécessaires à la pensée, des distinctions conceptuelles nécessaires à connaître. Je renvoie aux anthologies ou aux dictionnaires si l'on veut approfondir ces termes. Disons simplement que la notion d’origine est d’ordre chronologique, la notion de fondement d’ordre logique. La notion d’origine est une provenance de fait alors que le fondement est une validation de droit. Le fondement d'un ensemble de propositions, c'est la ou les premières vérités à partir desquelles elles sont déduites. Dans ce sens intellectuel, le mot fondement recouvre donc le mot principe.
Cette démarche, que nous appellerons désormais l'analyse génétique et dont, comme nous le dirons ultérieurement, Nietzsche est un spécialiste, amène à remonter soit à une origine impure et discutable, soit à un fondement discutable ou indiscutable. L'origine peut être le Moi ou notre société, le moi en ce sens que l'opinion que nous formulons exprime nos sentiments, attitude et point de vue en fonction de notre vécu et la société parce que plus que nous le croyons, nos idées sont le reflet de l'air du temps véhiculé par les médias ou partagé par notre entourage. Le fondement peut être discutable en tant que principe déterminant de telle ou telle philosophie (matérialistes et spiritualistes par exemple ne partent pas du même principe) et indiscutable s'il est constitué par l'analyse rigoureuse de la réalité.
3)Douter pour savoir : La distanciation et l’examen critiques.
« « On juge avec méfiance la pure et simple opinion » dit Epictète. C'est là que commence véritablement la quête philosophique. Nous avons vu que l'on pouvait éviter de donner sens au conflit par dogmatisme, relativisme ou scepticisme mou. On peut également mener une analyse génétique faussée dans la mesure où on ne cherche que les mauvaises raisons que l'autre a de soutenir des propos contradictoires aux nôtres. Mais nous avons montré que cette démarche, juger avec méfiance, est paradoxale (cf. méthodologie de l'étude de texte 122.les valorisations) Elle devient une démarche volontaire puisque je dois aller à l'encontre de mon attirance naturelle : cette opinion que je crois être pure et simple, je dois la considérer d'un oeil critique. Or spontanément, on se méfie de l'opinion de l'autre, mais ici c'est de la nôtre dont il faut se distancier. La distanciation, c’est l’éloignement, le déchirement, la rupture avec le normal, le naturel. Il nous faut interroger l’évidence, nous étonner de l’ordinaire, nous arracher à la quiétude du «cela va de soi», de l’évidence quotidienne (bien sûr, tout le monde sait que, c’est évident...). Mais pourquoi douterions nous de ce que nous croyons ? Pourquoi devrions-nous questionner ce dont nous sommes certains ? N'est-ce pas"se tracasser inutilement". Pourquoi cette vigilance malveillante : «Il faut apprendre à ne pas croire notre pensée parce qu'elle est notre pensée. Il faut, au contraire, la contenir et la traiter avec une défiance majeure, parce qu'elle est notre pensée.» Paul Valery
Nous commençons à faire de la philosophie à partir du moment où nous commençons à nous défier de ce que nous croyons être notre propre pensée. Car nos opinions, ne proviennent pas véritablement de nous-mêmes : nous répétons des choses entendues autour de nous, ou lues on ne sait où, des idées attrapées de « l'air du temps » et qui nous tiennent lieu de pensées auxquelles nous adhérons sans trop savoir bien pourquoi. Ces opinions occupent notre esprit et empêchent une pensée qui serait nôtre de surgir. Mais cela nous convient très bien, car nous n'avons pas à faire l'effort de penser et nous nous conformons à l'opinion. Penser par soi-même commence par cet examen critique remettant en cause ce à quoi spontanément j'adhère. (Voyez comment Kant dans son texte: il y a un principe du doute...illustre cette démarche de distanciation et d'examen critique, ainsi que celle d'analyse génétique)
4) juger de ce qui doit être : la recherche de la norme.
41) avoir le souci de la vérité : le jugement de réalité.
Il y a une règle affirme Epictète pour juger des opinions. Cette règle, il invite à la chercher, à la trouver, à l’utiliser sans la transgresser jamais. Mais pourquoi invite-t-il à chercher cette règle au lieu de nous la donner? Epictète ne peut sans contradiction nous donner cette règle. En effet il nous à inviter à remettre en cause tout dogmatisme, il ne peut donc conséquemment nous dire : cette règle à ne jamais transgresser, la voici, car nous pourrions lui rétorquer: « et pourquoi celle-ci plutôt que celle de tel ou tel? » Il nous fait confiance, à nous les hommes (Le "nous" qu’Epictète prend comme sujet renvoie au genre humain), car en prenant l’exemple matériel des poids et des mesures, Epictète rappelle que les hommes ont su assez tôt définir des étalons utiles à sa vie matérielle. C'est comme si Epictète disait aux hommes: « vous avez bien su vous débrouiller dans la vie quotidienne. lorsque vous allez au marche acheter des pommes de terre, vous en voulez pour votre argent et vous ne vous contentez ni du discours du vendeur «et voilà vos dix kilos», ni même de votre vue. Et donc vous avez inventé ces instruments de mesure que sont la balance et les poids. De même, les propriétaires égyptiens après les crues du Nil ont voulu récupérer leur propre terrain, ils ont donc inventé un outil : un cordeau avec un noeud tous les mètres et une méthode : la géométrie (étymologiquement la mesure de la terre), de même qu'ils se sont servi d'un roseau (en grec kanon) pour tracer une ligne droite. Les hommes ont donc inventé des canons, des normes, des règles, termes qui désignaient d'abord des instruments matériels de mesure puis en un sens second des étalons, des modèles. Vous donc les hommes qui, avec votre esprit pratique, avez su trouver des moyens pour juger du poids d’une chose ou de sa taille, vous ne pourriez trouver un étalon dont la nécessité est encore plus cruciale. Il s'agit de ce qui est le plus important, la vérité et nous devons avoir une volonté impérieuse de régler nos connaissances. Et Epictète renvoie les hommes à la recherche et à l'utilisation rigoureuse de cette règle. Ainsi le philosophe entend se conformer à cette règle sans transiger, c'est la vérité qui mesure le jugement de réalité par lequel le philosophe affirme que quelque chose est (jugement d'existence) et ce qu'est cette chose (jugement d'essence). Mais la vérité n'est pas la seule norme qui mesure le discours philosophie. Le philosophe est aussi à la recherche d'autres valeurs.
42) proposer des valeurs, un sens à la vie : le jugement de valeur.
L’opinion publique érige volontiers en justification morale la formule : «tout le monde le fait». Il n’y a pas d’autre critère que ces engouements collectifs qui se succèdent et s’annihilent les uns les autres. La valeur se mesure au nombre et la moyenne remplace la règle. Résister à l’entraînement de la foule, premier devoir de l’homme libre, apprendre à choisir son chemin et parfois se condamner à n’être pas dans le vent, «in». Mais est-ce un idéal digne de l’homme que d’imiter la passivité de la poussière et des feuilles mortes ? Il faut lutter contre le virus des préjugés et de la mode, puissances de contagion qui s’attaquent à l’intelligence et à la liberté. Il faut s’exercer à faire des choix qui mettent en cause des valeurs essentielles. Il est nécessaire de clarifier les valeurs et les conséquences qu’elles impliquent. Elles ne sont pas équivalentes, il y a un choix éthique, moral à faire. Cependant les valeurs sont multiples, parfois elles s'opposent, le philosophe doit savoir les choisir et surtout les hiérarchiser pour régler les conflits de devoirs et élaborer un sens de la vie. On peut distinguer les valeurs suivantes (la liste n'est pas exhaustive)
Force, beauté, vie... valeurs vitales
plaisir, désir, joie... valeurs affectives
efficacité, rendement, utilité... valeurs pragmatiques
justice, fraternité, solidarité... valeurs sociales
vrai, bien, justice... valeurs morales
spiritualité, charité, amour de Dieu... valeurs spirituelles
Le philosophe est chercheur de norme, idéal. L’authentique philosophe crée des valeurs et affirme ce qui doit être: «Les véritables philosophes ont pour mission de commander et de légiférer. Ils disent: «Cela doit être ainsi.» NIETZSCHE, Par delà le bien et le mal
CONCLUSION : POURQUOI PHILOSOPHER ?
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jugement de réalité |
jugement de valeur |
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dire le vrai, la VERITE Le philosophe est chercheur de vérité pour connaître et expliquer, avoir une vraie pensée, penser vraiment, pour être, transformer l’homme et |
dire ce qui vaut le plus, la NORME Le philosophe est chercheur de sens pour agir, transformer le monde et lui donner sens, lui donner des règles de vie afin d’être homme, plus homme. |
Ainsi commencer à philosopher, c'est :
S’ETONNER Qu’est ce que...? problème, paradoxe
CHERCHER Pourquoi..? recherche de l’origine, des sources, des causes, recherche des fondements
SE MEFIER EXAMINER démarche critique, d’examen
JUGER dire ce qui doit être, pour quoi, recherche des finalités, des valeurs
La Philosophie est
RECHERCHE DE LA VERITE RECHERCHE DE LA NORME
Que puis-je savoir? Que dois-je faire ?
MOI MONDE (nature société ) norme morale
concept
RECHERCHE DU SENS
Que puis-je espérer ?
ETRE
Qu’est-ce que l’homme ?
La philosophie est un humanisme.
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