Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 15:45

 

«  On dit que le temps passe ou s’écoule. On parle du cours du temps. L’eau que je vois passer s’est préparée, il y a quelques jours dans les montagnes, lorsque le glacier a fondu ; elle est devant moi à présent, elle va vers la mer où elle se jettera. Si le temps est semblable à une rivière, il coule du passé vers le présent et l’avenir. Le présent est la conséquence du passé et l’avenir la conséquence du présent. Cette célèbre métaphore est en réalité très confuse. Car, à considérer les choses elles-mêmes, la fonte des neiges et ce qui en résulte ne sont pas des événements successifs, ou plutôt la notion même d’événement n’a pas de place dans le monde objectif. Quand je dis qu’avant hier le glacier a produit l’eau qui passe à présent, je sous-entends un témoin, assujetti à une certaine place dans le monde et je compare ses vues successives...Le temps n’est donc pas un processus réel, une succession effective que je me bornerais à enregistrer. Il naît de mon rapport avec les choses. »

 

Questions

1. « On dit que... On parle...» Quelle démarche annoncent ces termes ? A quoi doit-on s’attendre ? Que va faire le philosophe ?

2. « à considérer les choses elles-mêmes »... «le monde objectif»

En rapprochant ces deux expressions, chercher à exprimer de quelle autre manière on pourrait considérer les choses. Aidez-vous du sens du mot objectif et des phrases suivantes : «je sous-entends un témoin...mon rapport avec les choses.»

3. Mettez sous forme de tableau ce que croit l’opinion et ce que pense le philosophe.

L’opinion dit que

Le philosophe pense que

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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 15:43

 

2 F. NIETZSCHE.

«Ce que j’ai une fois dit, je le fais.» Cette façon de penser passe pour une marque de caractère. Combien d’actions n’accomplit-on pas, non pour les avoir choisies comme les plus raisonnables, mais parce qu’elles ont engagé d’une façon ou d’une autre notre ambition et notre vanité au moment où elles nous sont passées par l’esprit, si bien que nous n’en démordons pas et les accomplissons aveuglément !

        Ainsi elles augmentent chez nous la foi en notre caractère et notre bonne conscience, et donc, dans l’ensemble, notre force : tandis que le choix de l’action la plus raisonnable possible entretient en nous le scepticisme envers nous mêmes et par conséquent un sentiment de faiblesse.

Questions

1. «Cette façon de penser passe pour...» Caractérisez cette démarche. Cherchez des expressions équivalentes exprimant la même démarche.

2. «Combien d’actions n’accomplit-on pas, non pour... mais parce qu’elles...»

Que fait Nietzsche ici ? Quel connecteur logique pourrait-on établir entre cette phrase et la précédente ?

3. Relevez les valorisations de cette phrase.

4. Rendez explicite, sous forme de tableau (dit, non-dit) le discours implicite de l’auteur dans le premier paragraphe.

L’opinion croit que

Le philosophe pense que

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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 13:48

 

« Il y a un principe du doute consistant dans la maxime de traiter les connaissances de façon à les rendre incertaines et à montrer l’impossibilité d’atteindre à la certitude. Cette méthode de philosophie est la façon sceptique ou le scepticisme.

(...) Mais autant ce scepticisme est nuisible, autant est utile et opportune la méthode sceptique, si l’on entend seulement par là la façon de traiter quelque chose comme incertain et de le conduire au plus haut degré de l’incertitude dans l’espoir de trouver sur ce chemin la trace de la vérité. Cette méthode est donc à proprement parler une simple suspension de jugement. Elle est fort utile au procédé critique par quoi il faut entendre cette méthode de philosophie qui consiste à remonter aux sources des affirmations et objections, et aux fondements sur lesquels elles reposent, méthode qui permet d’espérer atteindre à la certitude. »

 

Pour progresser, il faut faire des exercices. Essayez de les faire sérieusement. Le corrigé des exercices sera publié une semaine après. N'oubliez que ce que nous recherchons, c'est d'identifier le travail que le philosophe exécute dans son atelier, donc les questions concernent les démarches plus que les idées.

1« Il y a un principe du doute consistant dans… »

Caractérisez la démarche entreprise ici par Kant. Relevez dans la suite du texte les termes qui expriment une démarche semblable.

2 Quelles sont les autres activités philosophiques auxquelles se livre Kant dans l’ensemble de ce texte ?

3 Caractérisez les deux sortes de doute distinguées par Kant. Cherchez quels sont les philosophes qui ont particulièrement utilisé l’un ou l’autre de ces doutes.

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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 18:10

"On ne peut apprendre la philosophie, on ne peut qu'apprendre à philosopher"

Cette citation de Kant est bien connue et souvent citée mal à propos par des élèves voulant se dispenser de faire un effort de mémoire pour enregistrer les données nécessaires d'un cours de philosophie, mais comment apprendre à philosopher? Là encore c'est Kant qui nous donnera la réponse «Il n’y a point d’autre méthode de penser que de lire les penseurs».C'est le principe même de tout apprentissage fondé sur cette qualité humaine primordiale : l'imitation, qui constitue la force de l'homme, un de ses avantages essentiels. Le savoir-faire se transmet d'habitude grâce à une relation d'apprentissage reliant le maître à son disciple, le maître peut être un potier, un verrier d'art, un ébéniste ou... un philosophe, la tâche de l'apprenti est la même : il doit pouvoir observer les outils et les gestes de son maître pour se les approprier, mais la différence est importante entre l'apprentissage du travail manuel et l'apprentissage du travail intellectuel. Si l'on veut parfaitement saisir ce qu'est apprendre à philosopher, il nous faut faire le détour par une analyse distinctive : analyser l’idée de travail et comparer travail manuel et travail intellectuel. Vous avez déjà dans la réflexion que nous venons de mener un aperçu de la démarche philosophique qui part de la réalité et en saisit des éléments constituants essentiels pour mieux la comprendre. Analysons d’abord le travail, puis la relation d’apprentissage dans le travail manuel auquel nous comparerons ensuite la relation d'apprentissage du travail intellectuel.

Nous pouvons rapidement définir le travail comme une action de l’homme qui, à l’aide de savoirs et de savoir faire, de démarches et de techniques transforme une matière première, donnée brute, en un produit fini, affiné. Cette définition va nous permettre de comprendre qu’il existe un travail intellectuel et que penser est un véritable travail.



  • La relation d’apprentissage dans le travail manuel :


Analysons maintenant la relation d’apprentissage dans le travail manuel : que vivent l’apprenti et le maître ? Quelles sont leurs relations ?

  • La première caractéristique, c’est la conscience que l’apprenti a de faire quelque chose de nouveau, d’inhabituel. L'apprenti potier ou ébéniste est bien conscient que le premier jour de son apprentissage, il découvre un nouveau lieu, une nouvelle matière, des nouveaux outils, de nouvelles manières de faire parce que la particularité de tout cela est que c'est de l'ordre des réalités perceptibles par les sens externes. Ainsi visibles sont les matières premières,les différentes qualités d'argile dont se sert le potier ou les diverses essences de bois que travaillera l'ébéniste. Visibles aussi les outils, les gestes, les produits et leurs transformations successives. Le maître ébéniste peut montrer les outils qu’il utilise en expliquant la manière dont on doit les utiliser, le moment où il faut les utiliser et l’apprenti voit et comprend, car il établit immédiatement des rapports de causes à effet : tel outil appliqué de telle manière produit tel effet sur la matière première.

  • La deuxième caractéristique est que les relations d’apprentissages sont facilitées, parce que l’apprenti voit le maître, et que le maître voit l’apprenti. Il montre la matière première et ses différents états après chaque transformation, les outils, leurs formes et leurs usages différents. Le maître peut décomposer ses gestes, l’apprenti peut en voir l’efficacité immédiate.

  • L’apprenti voit la compétence du maître, le produit de son travail, il est admiratif devant le chef d’œuvre. En regardant le maître potier à son tour, la facilité avec laquelle, à l'aide de ses simples doigts, il donne forme à une pâte au départ sans forme, nous émerveille. On croit que c'est facile, mais que le potier nous invite à prendre sa place et aussitôt nous voilà face à notre maladresse de néophyte.

  • Mais l’apprenti voit aussi son incompétence, ses erreurs, il ne peut nier ses échecs, les malfaçons. L'apprenti menuisier se rend compte que sa table est bancale, qu'il n'a pas coupé les pieds à la même hauteur et l'apprenti électricien lorsqu'il fait disjoncter le compteur sait qu'il a mal monté son circuit.

  • Ainsi l’apprenti peut observer, voir entendre et réfléchir, progresser par imitation, tâtonnements, essais et erreurs.

  • Finalement le résultat de cet apprentissage fait que l’apprenti aux doigts gourds, lent et maladroit, réfléchissant à chaque action devient peu à peu un ouvrier travaillant avec rapidité et finesse, aisance et spontanéité. Il a acquis les ficelles et routines du métier, les tours de main et il fait aisément et bien ce qu’il faisait grossièrement et avec difficulté. Le petit apprenti est devenu le meilleur ouvrier de France.


  • La relation d’apprentissage dans le travail intellectuel :


Voyons maintenant ce qui se passe dans la relation d’apprentissage du travail intellectuel.

  • Première différence : l’apprenti n’a pas le sentiment du nouveau. Il a l’habitude du travail intellectuel qu’il pratique dès sa naissance et on peut même dire qu’il a commencé dans le ventre de sa mère à mettre en liaison les petites cellules grises ; Depuis son enfance, il compare, associe, dissocie, distingue, juge, raisonne autant d’activités intellectuelles qu’il accomplit spontanément.

  • Deuxième différence : tout ce travail est en grande partie invisible : invisible la matière première, les outils, les gestes, les produits, les transformations successives. On ne peut voir et, apparemment, savoir ce qui se passe dans nos cellules grises.

  • Troisième différence : le maître n’est pas reconnu comme maître. En effet, dans le travail intellectuel, nous sommes dans le monde du bluff. Tout le monde parle de tout, se sent capable de discuter de tout. Et la pratique actuelle des micro-trottoir ne fait que renforcer cet a priori dans la mentalité de l'opinion. Si vous faites venir chez vous un tapissier, vous êtes capables de voir si son lé est bien posé et s'il a fait son travail correctement, mais en face d'un beau parleur, est-il si facile que cela de découvrir les erreurs de raisonnement, le travail bâclé, les propos absurdes? Il suffit de consulter Le Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, publié en 1965 par Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière pour s'apercevoir que les « grands intellectuels français » ou du moins ceux qui s'intitulent ainsi ne sont pas exempts d'erreurs de jugement et de niaiseries. La question n'est pas que nul maître dans le domaine intellectuel ne doit être exempt d'erreurs, mais que trop souvent on a fait passer pour jugements fondés des formules brillantes, alambiquées et tape à l'oeil.

  • Quatrième différence : l'apprenti est ignorant de sa propre démarche : « Ça pense en moi ». Le travail intellectuel nécessite une observation attentive, une prise de conscience : «  Qu’est-ce que je fais ? comment le fais-je ? Pourquoi le faire ainsi ? »

  • L’apprenti ne voit pas ses erreurs de raisonnement, elles ne lui sont pas visibles.L'apprenti menuisier maladroit qui se coupe un doigt à la scie électrique, ne peut pas ne pas s'en rendre compte, la douleur immédiatement l'avertit de son inattention ou de sa maladresse. Mais corrigez un raisonnement dans une copie de philosophie et vous aurez toutes les récriminations de l'élève prenant prétexte que vous ne pensez pas comme lui pour refuser toute remise en cause de sa "pensée". L’erreur n’est pas reconnue comme erreur, et quand elle est reconnue, elle est détachée de son origine. On la constate, mais d'où vient-elle? Quel cheminement intellectuel, quelle liaison entre nos cellules grises nous a amené à une telle erreur? Mais en plus l'apprenti a des difficultés psychologiques à reconnaître ses erreurs. Quand une machine est en panne et qu’on appelle un spécialiste, on n’est en rien vexé de l’entendre mettre en cause son fonctionnement, mais nous résistons à celui qui entend nous démontrer notre erreur de raisonnement et nous cherchons toutes les mauvaises raisons possibles pour nous justifier. Or l’homme ne progresse que parce qu’il a la capacité de rétroaction: reconnaître son erreur est une qualité indispensable à tout apprenti désireux de progresser.

        Vous voyez donc les difficultés et notamment les obstacles psychologiques qui interviennent : d’abord dans la prise de conscience de l’apprenti qu’il est apprenti, ensuite dans la relation d’apprentissage du travail intellectuel.

        Ainsi on ne peut guère apprendre à philosopher sans fréquenter les philosophes, afin de se familiariser avec la démarche de la réflexion philosophique et pour cela, il faut rendre perceptibles les matières premières, les outils et les démarches qui constituent le travail intellectuel, car la philosophie, ou plutôt le philosopher est le travail intellectuel par excellence.

        Philosopher, c’est s’initier au travail de penser. En effet, non seulement on fait appel aux démarches intellectuelles dont se servent les autres disciplines, mais en outre philosopher, c’est mettre l’accent sur ces démarches, c’est apprendre à penser, rendre conscient l’usage de cet outil merveilleux qu’est la raison. Certes ce n’est pas seulement en philosophie que l’on conceptualise et argumente, mais c’est en elle seulement que l’esprit réfléchit ses propres opérations, qu’il refuse les facilités du discours pour se concentrer en lui-même et remonter à ses propres sources et en découvrir les limites. La philosophie est précisément la discipline qui permet la prise de conscience des démarches intellectuelles, prise de conscience qui est la seule source de l’autonomie du jugement et de la liberté d’esprit. Le métier des philosophes est de penser. Le philosopher est le travail intellectuel par excellence. Bien penser, exercice même de la réflexion philosophique, représente, en quelque sorte, une exigence et un programme moral, comme le dit fort bien Pascal. «L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. [...] Toute notre dignité consiste donc en la pensée...Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.» Pascal, Pensées et opuscules, Hachette, Pensée 347. Bien penser1 est un donc une tâche morale, à l’œuvre dans tout exercice philosophique. Bien penser, c'est là toute notre dignité. Sous cet aspect, on peut voir dans la philosophie un art de la réflexion, l’art de bien conduire sa pensée en usant de ses propres possibilités et de techniques correctes. La méthode peut s’apprendre et l’habileté se gagne au fur et à mesure de la pratique. Toute la méthode de la philosophie tient dans une formule: apprendre à penser par soi-même. A première vue, il peut sembler que la présence d'un maître à penser (à ne pas confondre avec un maître penseur) soit inutile, inutiles aussi les cours, la méthode, les conseils en philosophie, puisqu'il nous apparaît que nous n'avons pas attendu ces maîtres pour penser par nous-mêmes. Mais est-ce vrai? Savons-nous ce que c'est que penser? Et ce qu'est le moi? J'ai une idée en tête, je crois que c'est une pensée et qu'elle vient de moi, du moins c'est ma croyance, donc je conclus hâtivement que je pense par moi-même. Mais cette idée n'est-elle rien d'autre qu'une opinion et non une pensée, et qui plus est une opinion collective venant de l'idéologie, de l'air du temps? Vous découvrez là la première difficulté pour penser : il faut avant tout savoir ce que parler veut dire, connaître le sens précis des termes que l'on utilise. C'est se mentir à soi-même et témoigner de son ignorance que d'appeler pensée personnelle ce qui n'est en réalité qu'une opinion collective.

1 Nous pouvons considérer que bien penser est un pléonasme et que toute demi-pensée, toute pensée bancale est le résultat d'une interruption trop hâtive d'un travail de pensée qui n'a pas été mené à terme, de même toute pensée erronée ne peut en un sens strict être considérée comme une pensée. Une vraie pensée est une pensée vraie.

Par Dephi - Publié dans : Méthodologie de l'étude de texte
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Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /Déc /2008 18:31
Pourquoi ce site?
  Ce site est destiné d'abord à tous les élèves qui préparent l'épreuve de philosophie du baccalauréat. Ils trouveront ici conseils, méthodes et idées, mais il s'adresse aussi à tout esprit curieux désireux d'assimiler des démarches et d'échanger des idées.

Par Dephi
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